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Ce tableau est une métaphore des relations entre une femme et les hommes.

De cette eau opaque et mystérieuse, seuls émergent le visage, la coiffe et la main de la femme. Son corps et son passé sont pudiquement dissimulés sous la surface complice. L’eau, avec sa forte symbolique universelle, qu’est-elle pour cette femme? Un bain de purification, de régénérescence? Une protection, un bouclier? Une façade? Tout cela à la fois?...

Les petits poissons représentent les hommes. La femme en tient un dans sa main, sans effort. L’attention du poisson est fixée sur la femme mais le regard de la femme est dirigé vers nous. La branche d’une plante sépare la femme du poisson. Les trois autres poissons sont tenus à distance par un entrelacs de cheveux. Deux d’entre eux sont tournés vers elle tandis que le troisième s’en détourne. A part les doigts de la femme qui touchent le poisson sous forme d’emprise, l’accès à la femme par les poissons est visiblement bloqué par les barrières des mèches de cheveux et de la branche végétale. La femme ne se laisse pas atteindre. Par sa taille, bien plus grande que celle des poissons, elle semble les dominer. Pourtant elle se préserve d’eux.

La coiffe fleurie de la femme est coquette, réalisée dans un dessein de séduction. Elle se mêle aux éléments aquatiques : le papyrus, les fleurs, le mouvement de l’eau ondoyante. Les feuilles en bas à droite sont comme un vêtement de discrétion pour le poignet de la femme, elle se dévoile le moins possible. Les lotus, dont les fruits émergent en haut à droite du tableau, ont leurs rhizomes profondément enfouis sous l’eau, dans la vase invisible. Les fruits des lotus, avec leur forme de pomme d’arrosoir et leurs graines, évoquent la fertilité, les germes de sentiments et de ressentiments.

Le regard de la femme se porte vers le spectateur. Il est à la fois exorbité, avec le relief apporté par les soucoupes fixées au support, et à fois doux, placide et naïf. Les cils ondulent comme s’ils étaient dans l’eau. Les taches de rousseur sur les joues renforcent l’impression de naïveté. Les lèvres sont charnues, généreuses mais pas aguicheuses, elles sont juste teintées d’un rose naturel et esquissent un sourire tout en retenue. Ses iris verts racontent un tourbillon d’astres fécondés, comme l’évocation d’histoires amoureuses vécues.

Les couleurs plutôt sombres de l’eau, entre vert eucalyptus et bleu outremer, suggèrent un marais énigmatique un peu inquiétant. Les couleurs de la femme contrastent par leur clarté, le rose pâle de son visage évoque l’innocence et la pureté. Le rouge des poissons convient bien à la symbolique masculine, c’est une couleur ardente, énergique, virile. La peau des poissons n’est pas complètement rouge, le blanc nuance comme pour rappeler les autres aspects de leur nature. La feuille de droite est féminisée par ses nervures principales roses : tout comme les autres éléments du décor, elle est solidaire de la femme.

La branche de feuilles qui sépare la femme du poisson n’est pas un barbelé desséché, elle est d’un vert frais, vif, printanier et optimiste. D’ailleurs, en bas du tableau, on remarque que cette branche n’est pas encore sortie du cadre: la femme et le poisson ne sont pas complètement séparés...